Histoire
Plongez dans l’histoire passionnante de la guitare portugaise
Introduction
La guitare portugaise est un instrument à cordes pincées né du croisement entre anciens cistres européens et guitare anglaise du XVIIIᵉ siècle, devenu la voix emblématique du fado à Lisbonne et Coimbra. Autour d’elle s’est construite une tradition d’interprètes virtuoses et une lutherie très codifiée, qui continue d’évoluer aujourd’hui.
Origines et ancêtres
La guitare portugaise descend de la famille des cistres européens de la Renaissance, eux‑mêmes liés à la citole médiévale présente en Europe dès le XIIIᵉ siècle. Ces instruments, utilisés dans les cours italiennes, françaises et anglaises, se caractérisaient déjà par des cordes métalliques et un accord spécifique que la guitare portugaise a en partie conservé.
Au XVIIIᵉ siècle, la guitare anglaise, très en vogue dans la bourgeoisie européenne, arrive au Portugal par le port de Porto et rencontre le cistre local. Des maîtres comme António da Silva Leite contribuent à “nationaliser” l’instrument, qui prend progressivement le nom de guitare portugaise et s’impose dans les salons urbains avant de s’associer au fado.
Naissance de l'instrument moderne
À la fin du XVIIIᵉ et au XIXᵉ siècle, la guitare portugaise se fixe progressivement comme instrument à 12 cordes d’acier disposées en 6 rangs (ordres), avec une caisse en forme de poire ou de mandarine et une table en bois noble, souvent en cèdre. Elle se distingue alors clairement de la guitare “espagnole” à 6 cordes en boyau ou nylon, tout en gardant une technique de jeu de type cistre.
Parallèlement, le fado se développe à Lisbonne et Coimbra, et la guitare portugaise devient son instrument soliste emblématique, parfois même antérieur au fado comme pratique structurée, selon certaines sources qui datent l’instrument de la fin du XVIIIᵉ siècle. Dès le XIXᵉ siècle, on la retrouve dans les tavernes, les théâtres et les cercles étudiants, où elle accompagne chansons populaires et sérénades.
Lisbonne, Coimbra et grandes figures
Il existe aujourd’hui deux grands modèles : la guitare de Lisbonne, à tête en volute “escargot” (caracol), et la guitare de Coimbra, à tête en forme de larme (lágrima), avec différences de forme de caisse, d’accordage et de tirant des cordes. La guitare de Coimbra, plus grave et au timbre plus sombre, s’est particulièrement associée aux chants académiques, tandis que celle de Lisbonne domine le fado urbain.
Parmi les “guitar‑heroes” de la guitare portugaise, Artur Paredes a joué un rôle clé dans l’adaptation de l’instrument au style de Coimbra au début du XXᵉ siècle. Son fils Carlos Paredes a ensuite révolutionné le langage de l’instrument, l’élevant au rang de soliste moderne et explorant un répertoire instrumental d’une grande complexité.
D’autres interprètes majeurs incluent Custódio Castelo, qui a renouvelé l’accompagnement du fado contemporain, ainsi que des guitaristes comme Pedro Caldeira Cabral, Ricardo Araújo, Carlos Gonçalves ou Marta Pereira da Costa, qui ont contribué à diversifier les styles et à internationaliser l’instrument. La guitare portugaise est aussi indissociable de grandes voix du fado comme Amália Rodrigues, dont les enregistrements ont diffusé ce son dans le monde entier.
Évolution de la lutherie
Sur le plan de la construction, la guitare portugaise est traditionnellement réalisée en bois nobles : table en cèdre ou épicéa, fond et éclisses en noyer, érable ou palissandre, avec un chevalet en os et une caisse très bombée pour projeter le son. L’accord mécanique spécifique en éventail à l’extrémité du manche, héritage du cistre, contribue également à son esthétique reconnaissable.
Depuis la fin du XXᵉ siècle, la lutherie a intégré de nouveaux matériaux et techniques pour répondre aux exigences de volume, de projection et d’amplification : certains luthiers expérimentent par exemple des renforts modernes ou des matériaux composites comme la fibre de carbone. Par ailleurs, l’électronique (micros, systèmes piezo) est de plus en plus intégrée, permettant à l’instrument de s’adapter aux scènes contemporaines sans perdre son timbre métallique caractéristique.
La guitare portugaise aujourd'hui
Aujourd’hui, la guitare portugaise reste au cœur du fado traditionnel, mais elle apparaît aussi dans des contextes de musique de chambre, de jazz ou de fusion, portée par une nouvelle génération de musiciens. Des festivals, écoles et publications spécialisées lui consacrent désormais des recherches approfondies, retraçant plus de deux siècles d’histoire et contribuant à la transmission de ce patrimoine.